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03 septembre 2006
Vers une remise en question du droit de grève
C’est une idée qui semble faire son chemin. Jusqu’alors considéré comme un droit individuel par la Constitution, on voudrait lui donner un caractère collectif : les minorités opprimés ne pourraient plus se révolter sans l’accord d’une majorité ne connaissant pas nécessairement les mêmes problèmes, et n’y étant pas forcément sensible (une sorte de tyrannie de la majorité évoquée par Tocqueville).
Nicolas Sarkozy, devant un parterre tout à leur joie, entend bien collectiviser ce droit pour le limiter, le réduire.
Certes, on peut se plaindre de la grève dès lors qu’elle semble abusive, ou qu’elle semble méconnaître les difficultés qu’elle peut entraîner (comme dans les transports). Néanmoins, sans elle, les régressions sociales ne pourraient que se succéder et tout gouvernement se permettrait de faire fi de l’opinion des principaux concernés.
Tout d’abord, une grève ne doit pas servir avant la négociation, toute tentative de banalisation la rendrait malvenue, la viderait de sa substance. Car ce qui fait la force de cet acte, c’est son caractère exceptionnel, déstabilisant. Mais on s’y habitue tellement que seul l’agacement est parfois au rendez-vous. Pour tirer un coup de semonce, on pourrait imaginer de nouvelles méthodes pour faire grève. Ainsi, si l’on prend l’exemple de l’Allemagne, les syndicats après un délai de négociations, si ces dernières se sont révélées infructueuses peuvent appeler à une grève d’une heure, ainsi donner un avertissement. Et c’est seulement après qu’un arrêt de travail plus classique pour nous peut se mettre en place. L’idée est de donner effectivement la priorité aux négociations.
Le concept de « grève collective » que semble appeler de ses vœux M. Sarkozy me semble profondément inacceptable. Car comme je l’indiquais plus haut, si jamais une minorité est concernée par une mesure, il faudra qu’elle puisse compter sur le bon vouloir d’une majorité pour entamer une action de grève, cette dernière devant être votée à bulletin secret. C’est profondément contraire à l’esprit de la Constitution qui voit en la grève un droit individuel.
Mais ce qui pourrait être amusant c’est l’hypothèse dans laquelle une majorité des votants se prononce pour la grève : da facto, comme l’indique Philippe Brun (avocat spécialiste du droit du travail) dans le Monde daté du 2 septembre, l’ensemble de l’entreprise serait bloquée, et là M. Sarkozy est presque d’extrême gauche. Car on en revient à un système majoritaire tyrannique, qui méprise l’opinion d’une minorité. La boucle est bouclée, belote, rebelote. Et un blocage total d’une entreprise telle la SNCF… Capot ! Comme on dit à la belote.
Bref c’est globalement une mesure méprisante de l’intérêt des minorités, qui enferme l’action syndicale dans un carcan susceptible de réduire son champ d’action (notamment en raison du faible taux de syndicalisation dans ce pays), et qui donne la part belle aux patrons. Car une mesure prise à l’encontre d’une minorité ne verra pas ou peu d’opposition, car l’éloignement de la majorité de ces questions plombera un débat juste et sensé.
Cependant, devant les patrons, il faut bien faire un peu de « lèche » !
Hefpé
11:58 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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